La soci?t? civile s'organise face au pr?sident Aristide
2003-10-12 03:51:36
by Jean-Michel Caroit, Le Monde
A Ha?ti, l'homme d'affaires "Andy" Apaid m?ne un regroupement socioprofessionnel.
Andr? Apaid Jr, connu en Ha?ti sous son surnom d'"Andy", affirme ne pas avoir d'ambition pr?sidentielle. C'est une raret? dans cette ?le cara?be en proie aux convulsions politiques, o? les aspirants ? la magistrature supr?me sont l?gion. "Je ne veux pas et je ne dois pas", dit-il, dans sa confortable maison, oasis dans le chaos qu'est devenu Port-au-Prince. Principale figure de la r?sistance au pouvoir du pr?sident Aristide, cet homme d'affaires d?termin? a su gagner la confiance des syndicalistes et des leaders paysans.
Ce leadership ?tait loin d'?tre acquis d'avance. D'origine libanaise, "Andy" Apaid appartient ? l'?lite ? la peau claire, minoritaire et jalous?e dans la premi?re r?publique noire. Autre handicap : son p?re, Andr? Apaid Sr, a ?t? l'un des principaux financiers de Marc Bazin, le candidat de la bourgeoisie battu par Jean-Bertrand Aristide lors de l'?lection pr?sidentielle de 1990. A ce titre, il n'avait pas vu d'un mauvais ?il le coup d'Etat militaire contre le cur? des bidonvilles, qui incarnait alors l'espoir de changement apr?s trente ans de dictature. Andr? Apaid Sr avait converti le petit commerce familial en un puissant conglom?rat employant des milliers d'ouvriers dans les zones franches industrielles et fond? la premi?re cha?ne de t?l?vision priv?e, T?l? Ha?ti.
N? ? New York en 1952, "Andy" a fait ses ?tudes secondaires chez les Fr?res de Saint-Louis-de-Gonzague, ? Port-au-Prince, avant d'obtenir un dipl?me de gestion industrielle aux Etats-Unis. Catholique pratiquant, fondateur de l'Association des industries d'Ha?ti, il a particip? aux r?unions ayant pr?par? la chute de Jean-Claude Duvalier ? la fin des ann?es 1980.
En 1999, le pouvoir en place cr?e des probl?mes ? l'entreprise des Apaid qui s'est lanc?e sur le march? de l'Internet. Le p?re d'"Andy" fait intervenir ses amis aux Etats-Unis, notamment le s?nateur de Floride, Bob Graham, membre influent du Parti d?mocrate. "Ce fut un tournant pour moi. Soit j'abandonnais le pays, soit je me rendais ? Aristide, soit je me battais pour d?fendre nos droits." Avec un groupe d'hommes d'affaires, les Apaid lancent la Fondation Nouvelle Ha?ti, qui impulse le rassemblement de la soci?t? civile. "Nous avons jou? un r?le de m?diation entre le pouvoir et l'opposition durant la crise qui a suivi les ?lections contest?es de 2000", raconte "Andy".
Lors d'une rencontre au Palais national, en janvier 2002, il surprend par sa fermet? face ? Jean-Bertrand Aristide. Pour le neutraliser, des ?missaires, dont des diplomates et des religieux, lui proposent, en vain, de rejoindre le gouvernement. Les n?gociations s'enlisent et l'opposition politique est frapp?e par une violente r?pression. Forte du regroupement de 184 organisations socioprofessionnelles, la soci?t? civile devient "le rempart emp?chant Aristide de passer ? la phase finale de la dictature", reconna?t le social-d?mocrate Serge Gilles, l'un des leaders de l'opposition. "Quand une dictature s'installe, les premi?res victimes sont les partis politiques, les m?dias, les d?fenseurs des droits de l'homme. La soci?t? civile doit se r?veiller avant qu'il ne soit trop tard", estime "Andy" Apaid. Le 24 janvier 2003, les "184" lancent une "gr?ve d'avertissement", largement suivie ? Port-au-Prince.
"Face ? la faiblesse de nos institutions, face aux divisions et ? l'an?mie de notre soci?t?, nous proposons un nouveau contrat fond? sur l'entente des classes sociales. Mon ambition n'est pas le pouvoir, mais l'?laboration d'une plate-forme minimum." Id?aliste ? "Pour inspirer confiance, il faut une neutralit? incompatible avec la qu?te du pouvoir."
A la t?te des "caravanes de l'espoir", "Andy" Apaid s'est mis ? sillonner Ha?ti pour pr?senter ce projet de nouveau contrat social. Le 12 juillet, une caravane des "184" s'est rendue ? Cit?-Soleil, le plus grand bidonville de la capitale, un fief du r?gime en place. Une vol?e de pierres les a accueillis, malgr? la pr?sence de plusieurs diplomates dans leur cort?ge. Mais les "chim?res", des casseurs arm?s, ont seulement accru la notori?t? du mouvement, salu? par les opposants de plus en plus nombreux au pr?sident Aristide.
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